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Eric Morand, le Tintin numérique

(Nouvel Observateur - N°1767 page 106 - 17/09/1998)

En 1994, avec Laurent Garnier, il créait F Com, le premier label techno français. Portrait d'un visionnaire.

« Tout le monde est DJ, maintenant. Tout le monde trouve la techno géniale... C'en est fatigant. » Eric Morand souffre visiblement du syndrome du précurseur. Quand on a passé ses plus belles années à lutter contre les moulins à vent des major companies, à les convaincre que le XXIe siècle sera techno ou ne sera pas, on en devient un peu amer, même si, à 31 ans, on est déjà une institution. Eric Morand tient du Tintin numérique et de l'humaniste ludique. C'est dans ses nouveaux locaux du 9e arrondissement de Paris qu'il nous reçoit et fait le point sur l'aventure de F Communication, son label indépendant distribué par les Belges de Play It Again Sam : « A mon retour d'Afrique, où j'ai vécu dix ans avec mes parents, j'ai d'abord fait de la radio, avant de rejoindre le label dance Scorpio Music. La culture dance était alors considérée comme une sous-culture, contrairement aux States ou à l'Angleterre, qui n'avaient pas de complexe vis-à-vis de l'éclate populaire. » Après un crochet épuisant par Polygram et Barclay, il est contacté en 1991 par la Fnac, qui veut créer la première major française, avec comme étendard une division dance music : « Ils ne pigeaient rien à rien, ils n'avaient pas de démarche. Pour eux, la techno, c'était juste un moyen de truster ce putain de Top 50. » Début 1993, c'est l'explosion mondiale de la techno. Eric Morand souffre de la jalousie des autres divisions de Fnac Music, qui n'ont pas son audience à l'étranger. Normal, la techno est transnationale ; et la French touch séduit le bal du village global. Il faut dire aussi que la première « signature » de Morand, c'est Laurent Garnier. D'un autre côté, on lui reproche de ne pas faire suffisamment de chiffre. L'ex-future major se remet en question, dépose le bilan en 1993, son PDG se suicide. Morand embarque sa petite écurie vers des horizons moins showbiz, plus créatifs : « Les Belges de PIAS (Play It Again Sam) distribuaient le catalogue Fnac en Hollande et voulaient monter une filiale en France. Avec Laurent, on s'est jeté à l'eau, et on a créé F Com. » Le label indépendant, créé en 1994, en est déjà à sa centième référence (compilation « Live and Rare a Celebration of Our 100th Release »). Avec ses artistes, Eric Morand joue les pères poules : « Au lieu d'investir dans des locations de studios d'enregistrement budgétivores, on équipe nos artistes en home-studio. Ils bossent chez eux, composent, programment, mixent, maîtrisent tout. » Mais il est conscient que la techno minimaliste du tout-électronique a atteint ses limites : « Il faut aller vers la fusion, la scène, l'acoustique. » Une des autres vedettes de F Com, Frédéric Galliano, ancien des Beaux-Arts, fusionne justement jazz et musique africaine. Conclusion paradoxale : pour survivre, la techno doit d'abord mourir...


Y. B.


 
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